Aller au contenu principal
Collectif PFAS
Saint-Louis & environs
Retour à la revue de presseTémoignage · Que Choisir Santé n° 218, septembre 2026

PFAS dans l'eau : « Nous avons porté plainte pour mise en danger »

Portrait de Laetitia Oser

Laetitia Oser, 43 ans, habitante de Saint-Louis, dans le Haut-Rhin, a découvert en 2025 que l'eau du robinet était contaminée aux PFAS et impropre à la consommation. Et cela depuis au moins deux ans.

Je me souviens précisément de la date : le 25 avril 2025. Dans ma boîte aux lettres, un courrier signé du préfet nous apprend que l'eau du robinet est contaminée aux PFAS (lire l'encadré ci-dessous). Elle devient interdite à la consommation pour les personnes fragiles (immunodéprimées, femmes enceintes, nourrissons…). Au début, je n'y ai pas cru. Et les personnes en bonne santé, alors ? Elles peuvent continuer à s'intoxiquer sans problème ? Quand je pense que, quelques mois plus tôt, j'ai fait un don afin que des gens vivant dans des pays en voie de développement aient accès à l'eau potable, et que nous, en 2026, on se retrouve avec une eau impropre à la consommation. C'est le monde à l'envers !

Les teneurs en PFAS dépassent de quatre fois les limites autorisées, a priori en raison des mousses qui étaient utilisées auparavant par les pompiers pour éteindre les incendies lors d'entraînements sur le site de l'aéroport. On a trouvé des documents qui révèlent que les seuils sont dépassés à Saint-Louis depuis avril 2023. Cela veut dire que, pendant deux ans, des personnes savaient et ont continué à nous servir de l'eau contaminée, sans scrupule.

« On nous a servi de l'eau contaminée, sans scrupule »

J'ai arrêté tout de suite d'utiliser l'eau du robinet, même si je suis en bonne santé et non concernée par l'interdiction. Mon fils, lui, n'est pas très en forme. Et dire que, pendant des années, j'ai cuit les pâtes – il en raffole – dans une eau chargée en PFAS ! L'eau est un élément vital, on s'en sert pour préparer des biberons, laver des légumes, cuisiner, etc. Alors, je m'approvisionne en bonbonnes au supermarché ou je vais me servir à la fontaine dans le Sundgau, un territoire voisin. Et je refuse de payer mes factures d'eau, même si elle est à nouveau potable après que Véolia, gestionnaire dans le secteur, a trouvé des solutions dans l'urgence (1).

Mais je ne pouvais pas en rester là. J'ai donc créé un collectif sur Facebook, qui a réuni environ 400 habitants. Nous avons écrit au président de l'agglomération en demandant, entre autres, le remboursement des montants versés pendant les deux années où nous nous sommes empoisonnés.

Pas un mot d'excuse

Il a refusé, bien sûr. Sa réponse m'a rendue folle. Il nous prenait de haut, en nous expliquant qu'on avait surestimé le nombre d'habitants touchés. Peu importe : une seule personne contaminée, c'est déjà trop. J'ai contacté un avocat et, avec une centaine de riverains, nous avons porté plainte collectivement. L'agglomération, tout comme Véolia, doivent assumer leurs responsabilités. Ils ne reconnaissent rien ; nous n'avons reçu aucune réparation, pas un mot d'excuse.

Nous organisons bientôt une réunion publique à Saint-Louis, en présence de notre avocat. L'objectif est de mobiliser suffisamment pour que notre collectif devienne une association. Avec ce statut, nous gagnerons en crédibilité dans notre combat. Depuis que je me défends, je ressens une pression. Il faut un certain courage pour se battre. J'ai créé le collectif justement pour que chacun sorte de son quotidien et cesse d'avoir peur de parler. À plusieurs, nous sommes plus forts.

(1) Les interdictions ont été levées le 15 décembre 2025. Ne pas payer ses factures expose à des procédures de recouvrement.

Article paru dans Que Choisir Santé n° 218, septembre 2026, page 11. Page réalisée par Riva Brinet-Spiesser. Reproduit sur le site du Collectif PFAS Saint-Louis et environs avec l'autorisation de Que Choisir.